Le pari du n’importe-quoi-pour-la-souveraineté – L’actualité

Échec du système gouvernemental politique représentatif totalitaire.

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Le pari du n’importe-quoi-pour-la-souveraineté

PolitiqueOn parlera encore longtemps, et de plusieurs manières, de l’arrivée de Pierre Karl Péladeau au Parti québécois.

Les répercussions à moyen et long termes sont encore difficiles à prédire, mais pratiquement tout le monde s’entend déjà pour dire qu’à court terme, au plan tactique, le PQ ira sans doute chercher des votes à la CAQ et qu’il en fera perdre quelques-uns à Québec solidaire.

Ce qui est plus clair, par contre, c’est que la candidature-vedette de M. Péladeau complète la transformation du Parti québécois en parti de n’importe-quoi-pour-la-souveraineté.

Il y eut d’abord la volte-face sur les questions identitaires.

À une époque, le PQ comptait dans ses rangs un certain Jean-François Lisée que le voile ne dérangeait pas, et qui considérait que le Québec avait d’autres priorités. On y trouvait aussi une Pauline Marois qui appuyait, entre autres, «la visibilité de la diversité ethnoculturelle et religieuse parmi le personnel scolaire».

Puis vint un certain Sylvain Gaudreault, qui faisait «une distinction essentielle entre un individu et une institution», qui attaquait «la fausse laïcité sur laquelle nous déchirons nos chemises» et qui condamnait avec éloquence l’injustice subie par ceux «qui se voient refuser l’accès à une école, à des emplois et à des logements à cause de leur croyance religieuse».

Tout ça a été jeté aux ordures. À la place, le PQ propose maintenant une Charte des valeursdémagogique qui exclut de facto, et sans justification crédible, les minorités religieuses visibles de la fonction publique et parapublique.

Les péquistes ont ouvert toute grande la porte au conservatisme identitaire — celui-là même que Françoise David dénonçait comme «, qu’ils méprisaient. Cela n’empêche évidemment pas la plupart des candidats péquistes de continuer à se présenter comme progressistes.

Puis il y eut la question environnementale.

Le Parti québécois — celui qui avait troqué le rouge-libéral de son logo pour le vert-écolo en 2007, qui avait courtisé les environnementalistes en présentant les candidats Martine Ouellet, Daniel Breton et Scott McKay, et qui avait promis une réforme en profondeur du régime minier — a, par la suite, choisi de donner le feu vert à la centrale inutile de Val-Jalbert, dilué sa réforme minière, et lancé le Québec dans l’exploitation du pétrole à Anticosti, causant laconsternation de plusieurs. Il faut croire que, comme d’autres, le PQ a choisi d’être environnementaliste «en temps et lieux

Puis vint le sacrifice de la gauche syndicale.

Depuis sa fondation jusqu’à la grève étudiante de 2012, le Parti québécois a toujours revendiqué son fameux «préjugé favorable aux travailleurs». Le PQ était le parti de la FTQ et de la CSN, avec les avantages et les inconvénients que cette alliance comportait.

Pendant le dernier conflit de travail au Journal de Montréal, le PQ avait déposé une loi anti-briseurs de grève en appui aux employés lock-outés — et contre l’entreprise de Pierre Karl Péladeau.

Pendant la grève étudiante de 2012, le PQ s’était rangé sans hésitation derrière les carrés rouges, eux-mêmes soutenus et conseillés par les centrales syndicales.

Quelques mois après son élection, le PQ a même cherché à réintroduire le placement syndical — pourtant éliminé à l’unanimité à peine un an plus tôt — par l’entremise d’un règlement qui aurait redonné le pouvoir aux syndicats, dont la FTQ au premier chef.

L’arrivée en scène de M. Péladeau vient anéantir cette alliance.

M. Péladeau n’est pas qu’un candidat parmi d’autres : il déplace massivement le centre de gravité du PQ vers la droite et annonce une collision frontale avec l’influence syndicale sur le parti.

Il y a quatre ans à peine, dans une lettre ouverte publiée dans le Journal de Québec, M. Péladeau remettait ouvertement en question la formule Rand en demandant s’il n’était pas temps de réfléchir à la «liberté d’adhésion syndicale» au Québec. En 2011, en commission parlementaire sur fond de conflit de travail au Journal de Montréal, M. Péladeau plaidait — aux antipodes des centrales syndicales — pour une modernisation du Code du travail qui favoriserait davantage les employeurs. On imagine difficilement comment l’imposant M. Péladeau et l’importante aile syndicale du PQ parviendront à s’entendre sur quoi que ce soit au plan socioéconomique.

Avec un futur caucus divisé sur les questions identitaires, environnementales et économiques, le seul point de ralliement péquiste ne pourra être que la souveraineté.

Les positions et les principes de jadis ont tous été évacués au profit de l’accession à l’indépendance, qui justifie désormais le pari du n’importe quoi. Les écologistes cherchent du pétrole à Anticosti. Les pourfendeurs de la «fausse laïcité» se vautrent dans le populisme identitaire. Gérald Larose marche main dans la main avec Pierre Karl Péladeau.

Les militants péquistes se plaisent à parler d’une «grande coalition». On pourrait aussi parler d’un fourre-tout à sens unique.

Au cours des dernières campagnes électorales, il n’était pas rare de voir le PLQ (ou la CAQ) raviver l’enjeu de la souveraineté comme repoussoir.

Le PQ préférait souvent parler d’autre chose. Mais en choisissant de neutraliser tous les autres aspects de son programme au profit du seul objectif de l’indépendance, c’est le PQ qui braque soudain les projecteurs sur le prochain référendum.

Il n’y a évidemment rien de mal à devenir le parti d’une seule idée. (En semi-boutade, j’ai déjà proposé la même chose pour modifier notre mode de scrutin.) Le Parti québécois peut très bien faire porter l’élection du 7 avril sur la souveraineté s’il le désire. C’est d’ailleurs le souhait de plusieurs de ses militants, qui ont toujours vu d’un mauvais œil l’émergence de l’axe gauche-droite au Québec. C’était aussi le pari — transparent — d’Option nationale. La politique québécoise ferait ainsi un grand bond en arrière pour revenir aux tranchées usées du Oui et du Non.

Mais, dans ce cas, il faut s’assumer, cesser de souffler le chaud et le froid, et ne pas accuser ses adversaires de brandir des épouvantails quand ils ne font que pointer des évidences.

Le PQ a renié son progressisme identitaire, il est devenu écolo à temps partiel, et il vient de neutraliser son aile gauche. La seule proposition crédible qui reste au parti, c’est la souveraineté à tout prix et par tous les moyens.

* * *

À propos de Jérôme Lussier

Jérôme Lussier est juriste et journaliste. Au cours des dernières années, il a notamment travaillé à Radio-Canada et tenu un blogue au journal Voir, en plus d’avoir été conseiller politique à la Coalition Avenir Québec. Il blogue sur les enjeux sociaux et politiques contemporains à L’actualité depuis 2013. On peut le suivre sur Twitter : @jeromelussier.

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