Les pelleteux de nuages et les pelleteux de sables | Le Devoir

Échec du système gouvernemental politique représentatif totalitaire et de son système électoral défavorable à l’équité proportionnelle.

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Les pelleteux de nuages et les pelleteux de sables

«Dans 45 ans, c’est terminé le pétrole. Basta. Il faudra se creuser les méninges au lieu de creuser le sous-sol pour carburer aux idées éculées.»

Photo : Jacques Nadeau – Le Devoir
«Dans 45 ans, c’est terminé le pétrole. Basta. Il faudra se creuser les méninges au lieu de creuser le sous-sol pour carburer aux idées éculées.»

«Vous êtes pas écœurés de mourir, bandes de caves !» –Claude Péloquin

«Il n’y a qu’une façon de savoir si les gouvernements sont sérieux ou non en regard des changements climatiques : ont-ils décidé de laisser l’essentiel de leurs réserves d’énergies fossiles sous la terre ?» –George Monbiot, journaliste à The Guardian, activiste environnemental

On s’apprête à réélire le même gouvernement. Rouge, bleu, arc-en-ciel, peu importe. Un peu plus de charte, un peu moins de voiles, toujours autant de pétrole, c’est blanc bonnet, bonnet blanc. Ah oui, j’oubliais l’indépendance du Québec. Même en hissant le drapeau de Québec inc., en se bouchant le nez s’il le faut, il faudra aussi se fermer les yeux. Au PQ, on nous propose de bâtir un pays financé par les pipelines et le pétrole, si j’ai bien saisi.

L’argumentaire est béton : de toute façon, on importe l’or noir (38 % de notre consommation énergétique, autant que l’électricité), alors pourquoi ne pas le produire ? Trop passéistes pour se demander si l’on pourrait s’en passer.

À tout hasard, je dis ça comme ça, mais dans 45 ans, c’est terminé le pétrole. Basta. Il faudra se creuser les méninges au lieu de creuser le sous-sol pour carburer aux idées éculées. Je suggère le Jello aux cerises comme énergie renouvelable, un croisement entre la pétrochimie et la nature.

Parce que je crois profondément à la protection de nos valeurs, culture, langue commune ; j’ai déjà voté « oui » aux deux deniers référendums. Mais je ne voterai jamais pour un puits alors qu’il est l’heure de se sortir la tête du trou. Nous sommes tributaires d’une planète avant d’envisager un pays et la fleur de lys.

Lorsque Pauline Marois nous parle de l’estime de soi des Gaspésiens pour justifier la construction de l’usine la plus polluante au Québec (la cimenterie de Port-Daniel), avec une ponction de 350 millions de dollars prélevés de la poche des contribuables, je décroche.Fuck le « pays » si c’est à ce prix. Créer 200 jobs en saccageant le paysage, l’air, l’eau, la forêt et la santé des petits Gaspésiens ? Drôle de logique court-termiste.

Cette semaine — encore —, dans ce journal, nous avons eu droit à un énième résumé du rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), qui annonçait un autre tsunami de catastrophes écologiques et tirait la sonnette d’alarme alimentaire : de 3 % à 84 % d’augmentation du prix des aliments d’ici 35 ans. Tout ça à cause du CO2. Les tomates de serre à effets de serre sont déjà hors de prix.

Juste au-dessus, vous aviez la photo de Françoise David, à la tête de Québec solidaire (QS), le seul parti important un peu visionnaire sur le plan environnemental. On les traite de pelleteux de nuages et on leur préfère les pelleteux de sables bitumineux.

Je me demande qui sont les vrais rêveurs.

Malheureusement, on donnera raison à QS dans 30 ans, 60 ans trop tard. 68 % des Québécois, même des jeunes, sont en faveur de l’exploitation pétrolière. 78 % des économistes (pas celui avec qui je couche, heureusement) applaudissent à l’acheminement du pétrole albertain vers l’est. Nous sommes tous les passagers, en première ou en classe économique, d’un train fou qui va dérailler à Lac-Mégantic.

République de sirop d’érable

Revoyez l’excellent documentaire d’Hugo Latulipe — République —, réécoutez celui de Nicolas Boisclair et Alexis de Gheldere — Chercher le courant — qui nous parle aussi de solutions alternatives à l’électricité. Et si vous avez le temps avant lundi prochain, procurez-vous le récent essai de Steven Guilbeault et François Tanguay, Le prochain virage. Propulser le Québec vers un avenir équitable et durable. Il sera encore comestible après les élections.

La couverture beige est drabe, mais la documentation est impeccable, fouillée, et ça brasse assez de fumier pour réveiller quelques systèmes olfactifs endormis. Comme disent les Anglos : «Wake up and smell the coffee.» Ce bouquin se dévore comme une enquête, avec deux défricheurs qui essaient de déjouer les combines de grosses compagnies bien malignes, à coups de notes de bas de page en polices minuscules dans des rapports imbuvables.

À une représentante de compagnie de sables bitumineux en Alberta, Guilbault avait demandé, à la fin des années 90, quels en étaient les impacts environnementaux. «Je n’en vois aucun», avait-elle répondu sincèrement. C’est « oublier » que ce pétrole émet 82 % de plus de GES que le pétrole conventionnel. Sans compter le reste… extraction, contamination de l’eau, ravages forestiers, déversements, accidents. Mais ça n’arrive jamais.

Guilbault et Tanguay nous parlent de pays comme la Norvège et l’Allemagne où la transition est déjà en cours. Plus de 80 % de notre dépendance énergétique mondiale repose sur le charbon, le pétrole et le gaz naturel. Les Allemands, eux (dix fois plus nombreux qu’au Québec), ont réussi à créer 300 000 emplois avec les énergies renouvelables. Les bons jours, le solaire et l’éolien fournissent la moitié de l’électricité du pays, nous apprennent les auteurs verts. Pas de solutions ? Non. Pas d’innovation, ni de volonté, c’est différent.

Notons qu’aucun des trois partis en tête de sondages aux élections du 7 avril n’a obtenu la note de passage donnée par sept groupes environnementaux, cette semaine, en matière de lutte contre les changements climatiques.

Élisons le 1 %

Je note, comme mon collègue Stéphane Baillargeon lundi dernier, que nous avons le choix entre élire un médecin (M. Couillard de l’Espinay) qui a fait son cours de médecine au Québec avant d’aller pratiquer en Arabie saoudite (la mecque de la médecine humanitaire) et de planquer son fric dans un paradis fiscal ; une ex-travailleuse sociale bien mariée à un entrepreneur millionnaire qui a frayé dans les fonds syndicaux ; et un ex-entrepreneur, millionnaire lui aussi, qui a fait fortune dans l’aviation.

Bien sûr, ce n’est pas un défaut que d’être riche, surtout lorsque l’argent a été honnêtement gagné et qu’on paye la tournée de Dom Pérignon. Mais, d’après vous, est-ce que Françoise David — elle a candidement avoué à l’émission Deux hommes en or qu’elle est «riche»parce qu’elle gagne un peu plus de 100 000 $ par année comme députée — peut se payer le même genre de campagne électorale que les trois autres ?

Ce n’est pas tout d’avoir raison. Il faut aussi avoir les moyens de gagner.

Aimé le livre Pourquoi les riches ont gagné de Jean-Louis Servan-Schreiber. Selon ce journaliste français qui dirige le magazine CLÉS et qui a frayé durant 30 ans dans la presse économique, la mondialisation des richesses caractérise notre siècle dominé tant politiquement qu’économiquement par cette frange influente. Et c’est sans parler du contrôle des médias… «Les riches laissent les détenteurs officiels du pouvoir prendre des risques. Ils se contentent de les influencer. Ils savent que la richesse est plus pérenne que les mandats électifs.» Avis à tous les électeurs indécis.

Pour MmeMarois: je suggère de lire le billet de Jean Lemire sur son blogue 1000 jours pour la planète. Le cri du coeur du 21 mars dernier du capitaine du Sedna IV est assez poignant :«Le modèle économique actuel avait pourtant promis de créer une richesse locale en exploitant les ressources de la terre. Partout où nous sommes allés, c’est le même constat: les compagnies ont fait fortune et les sociétés locales n’ont eu que des miettes. Ce modèle économique ne fonctionne tout simplement pas. Quand on nous répète durant le débat des chefs qu’il faut d’abord créer la richesse pour prendre soin de notre monde, j’ai mal au coeur! Que j’aimerais embarquer les chefs sur le Sedna IV pour montrer l’échec de ce système planétaire!»

Pour M.Couillard:vous qui venez d’annoncer un crédit d’impôt à la rénovation (20 % remboursable pour tous les types de rénos, et pas seulement les vertes), je ne vous dis pas à quel point cette mesure électoraliste, qui vise à stimuler le vote et l’économie, me démoralise. N’importe quel ti-clin va rénover son sous-sol avec notre argent, encombrer les écocentres avec des matériaux en parfait état et contaminer les dépotoirs avec ses caprices de nouveau riche stimulés par les pubs de Home Dépot. Je vous suggère le livre Zéro déchet de Béa Johnson (Éditions Trancontinental), l’histoire d’une famille qui a réussi à limiter ses déchets à un kilo par an. On vise 700 kilos par Québécois en 2015 (nous étions à 746 en 2011), parmi les plus gros « producteurs » de déchets au monde. C’est ça, les vraies affaires.

Pour M.Legault: je conseille la réédition du livre De colère et d’espoir de Françoise David (écosociété). Dans sa postface, elle écrit : «Les leaders économiques, après nous avoir cassé les oreilles avec l’urgence d’investir dans le gaz de schiste — rappelez-vous comme c’était urgent! —, font maintenant pression sur l’opinion en faveur d’un développement pétrolier tous azimuts. […] Quel manque d’audace! Mais quels intérêts en jeu! Difficile de ne pas soupçonner que des pétrolières s’activent auprès des partis politiques… à l’exception de Québec solidaire. C’est drôle, leurs lobbyistes ne nous téléphonent pas!» Si jamais vous voulez lire une leader qui n’a peut-être pas de couilles mais qui a de la place pour les mettre…

Pour MmeDavid: je suggère Léo Ferré. Le désordre, c’est l’ordre, moins le pouvoir (Cherche midi). Ces mots d’amour et autres provocations vous feront sourire.

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