Le risque de ne pas tenir compte des colonnes d’Hercule | Le Devoir

Échec du système économique monétaire capitaliste oligarchique, du système gouvernemental politique représentatif totalitaire et du système juridique legislatif bureaucratique.

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Le risque de ne pas tenir compte des colonnes d’Hercule

Les professeurs Malsch et Tremblay, dans leur texte, estiment que le gouvernement est devant un travail herculéen pour ramener la barque de l’État à flot. L’an dernier, les deux avaient coécrit un autre article où ils mettaient en évidence une faiblesse qui semble structurelle dans les travaux des vérificateurs généraux. Alors que les travaux de la commission Charbonneau montraient jour après jour l’étendue de la corruption au niveau municipal, soulignaient-ils, ils se demandaient comment les vérificateurs municipaux (voire le vérificateur général) avaient pu ne rien voir de tout cela.

J’avais alors commenté cette analyse en mettant en évidence, dans l’enceinte même de l’ENAP de la professeure Tremblay, un autre défi structurel : l’absence totale de prise en compte de plusieurs limites écologiques et sociales dans les travaux des vérificateurs généraux, en l’occurrence celui du gouvernement du Québec. Le texte d’opinion du 3 juin des deux professeurs me choque bien autrement. Les colonnes d’Hercule — pour reprendre l’allégorie du texte — cherchaient à soutenir la civilisation. Dans un autre mythe, Hercule remplace Atlas un certain temps dans sa tâche de soutenir la voûte céleste, la Terre. Puis il réussit à se dérober. Un peu à l’image de Malsch et Tremblay, dans ce dernier texte. En effet, ils portent les « oeillères » qui caractérisent les travaux de nos économistes et de nos comptables, entre autres dans leur effort de vérifier et de bien caractériser la situation de nos colonnes et de notre voûte céleste.

Leur métaphore semble bien choisie : la tâche de nos gouvernements est justement « herculéenne » et on n’a qu’à regarder leur liste d’atouts — de qualités de gérance — pour comprendre que les auteurs eux-mêmes sont conscients que quelque chose manque à leur modèle. Disons-le directement : les analyses de Malsch et Tremblay, tout comme l’ensemble des autres fournies par les adeptes du modèle économique omniprésent, occultent l’ensemble des externalités qui plombent ce modèle, sans que nous nous en apercevions.

Il faudra créativité, vision, intelligence, audace, confiance, détermination, courage et fermeté pour pouvoir continuer à soutenir le modèle. Et ils proposent de procéder avec pédagogie et transparence, en restant confiants. Ils concluent en suggérant que nous n’avons qu’à vouloir pour maîtriser la dette, le 12e des travaux, lequel dépend pourtant des 11 autres…

Je suggère que leur analyse est déficiente, et qu’ils le reconnaissent dans les images et propos mêmes de leur texte. Ils proposent d’encourager la natalité pour combattre le vieillissement, sans voir que la bulle démographique des décennies d’après-guerre nous a permis de croire qu’il n’y a pas de limite… Il y a fort à parier que les Québécoises régleront cette question autrement, de façon volontaire, mais le faible apport d’une légère hausse de natalité au PIB ne suffira de toute façon pas à maintenir les colonnes. On peut présumer qu’ils suggèrent dans ce contexte de maintenir les garderies à 7 $. Cela met en relief le caractère herculéen de la tâche puisqu’ils déplorent que nos taxes soient déjà trop élevées et que nous n’en avons pas assez pour notre argent. Plus, il faut revoir avec «créativité» nos programmes sociaux et, en même temps, réduire la pression fiscale sur la classe moyenne afin de la ressusciter à la suite de son aventure avec la dette à la consommation.

Pour le financement universitaire, ils proposent de «trancher» ce noeud gordien en maintenant la contribution des universités à notre développement économique. Mais le trancher, non pas avec «vigueur» et aplomb, mais avec intelligence… C’est précisément ce que n’a pas réussi Alexandre le Grand, qui a utilisé son épée à la place.

Pour éviter une décote par les agences de notation, ils proposent — suivant leur métaphore — de «nourrir» ces bêtes avec nos ressources naturelles. Maintenant ces oeillères qui risquent de nous être fatales, les auteurs reprennent ce que l’ensemble de l’élite économique et politique dit, soit que ces ressources représentent notre « or noir », sans comprendre ce qui s’est passé depuis 80 ans pour nous faire rentrer dans la « deuxième ère du pétrole ».

La tâche de «nettoyer les écuries comptables» se trouve à son tour transformée et rejoint celle de la descente aux enfers : dans le premier cas, il nous faut de la transparence et de la prudence dans la présentation des états financiers — qualités pas très herculéennes — dans le deuxième, il nous faut du volontarisme…

Bref, tâche par tâche, ce texte met en évidence la même faiblesse que les auteurs décelaient dans nos rapports de vérification. Notre méthode pour évaluer le « progrès » comporte des failles importantes, les auteurs le reconnaissent aussi bien que les citadins reconnaissaient la présence de corruption sans en voir les preuves comptables. Le recours à la figure d’Hercule comme modèle d’un être en mesure de relever n’importe quel défi rejoint très bien l’image complémentaire de ce même Hercule, qui tient, mais seulement pour un temps, la voûte céleste avec laquelle Atlas était pris.

Le journaliste Éric Desrosiers l’a bien souligné dans sa chronique du 31 mai sur l’histoire du PIB : «À l’heure où les grandes catastrophes qui menacent l’humanité ne sont plus le nazisme mais les changements climatiques ou la montée des inégalités, ils voudraient que les populations et leurs gouvernements commencent par se donner, comme durant la guerre, tous les outils nécessaires pour bien prendre la mesure des problèmes et de leur évolution. Et qu’ils soient au coeur de leur action par la suite.»

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