L’Expression – Le Quotidien – Une conscience universelle vers le bien commun

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Une conscience universelle vers le bien commun

«Il n’existe que deux choses infinies, l’univers et la bêtise humaine… Mais pour l’univers, je n’ai pas de certitude absolue.» Albert Einstein

Il est connu que nous consommons plus que ce que la Terre peut produire en une année. Depuis quelque temps, il y a comme une conspiration du silence de la part des pays industrialisés et émergents pour ne pas parler des dégâts actuels et imminents des changements climatiques. Pendant ce temps-là, le climat devient erratique. La biodiversité rétrécit. Aveuglée par un «humanisme» contre-productif, source d’irrespect écologique et d’un infini gaspillage, l’humanité vit à crédit et consomme annuellement une planète et demie, soit nettement plus que ce que la Terre est en capacité de lui offrir. (…) De tout temps, l’homme a été avide d’énergie pour satisfaire son égoïsme! De la maîtrise du feu au paléolithique à la débâcle du nucléaire à Fukushima, le rapport de l’homme à l’énergie fut toujours placé sous le signe de la domination, économique, sociale ou politique. «L’homme maître de la nature», disait Descartes. Or, il est clair aujourd’hui que la course à la puissance énergétique est indissociable du chronomètre de la Terre et de la manière dont les hommes sauront prendre en compte ses limites. Quelles options reste-t-il? L’homme technologique symbolisé par l’Américain consomme 8,5 tonnes de pétrole soit dix fois plus que l’homme industriel et 100 fois plus que le préhistorique. Cependant, dans certains pays africains la consommation ne dépasse pas les 150 kg équivalent pétrole par an. Retenons que dans ce cas, l’Américain consomme en une semaine ce que consomme l’Africain du Sahel en une année. C’est cela l’égalité des hommes, les différents droits incantés par l’ONU, le droit à l’alimentation, le droit à l’eau, au logement, à la santé, à la sécurité pour les objectifs du Millénaire et il y a fort à parier qu’aucun de ses droits ne sera atteint sauf le droit de se taire et de mourir en silence comme nous le crie les Somaliens.» (1)

Les gouvernements occidentaux et depuis ceux qui émergent, obnubilés par une boulimie énergétique, ont un comportement énigmatique. D’un côté, on parle de changements climatiques, de la nécessité d’aller vers des énergies renouvelables pour ne pas dépasser le seuil de non-retour en termes de changements climatiques. De l’autre, une véritable frénésie s’est emparée des pays industrialisés pour traquer la moindre bulle de gaz et même la moindre goutte de pétrole. Dans ce cadre, un nouveau regain est donné au carbone et donc à la pollution. C’est le cas de l’exploitation irrationnelle des gaz de schiste aux Etats-Unis et qui fait des émules en Europe et…en Algérie. (…)»(1)

La mort des abeilles: l’homme-abeille n’est pas la solution
Innombrables sont les indicateurs qui nous alarment d’une surchauffe de la planète, d’un épuisement gravissime d’une Terre sur-occupée et surexploitée: bouleversement global du climat, mort biologique des sols suite aux abus d’usages productivistes et courtermistes, pollutions sans cesse plus irréversibles, recul effarant des autres espèces dont nous occupons indûment les niches, déclin d’une biodiversité pourtant salutaire à l’humanité, déforestation sur tous les continents, épuisement des mers et des océans, tarissement de toutes les ressources dont la grande majorité n’est pas renouvelable… Comme conséquence grave Stéphane Foucart rapporte le phénomène mondial observé depuis le milieu des années 1990, le déclin des abeilles, insectes pollinisateurs indispensables à 84% des végétaux cultivés. Il décrit une «étude rendue publique, le 7 avril, la Commission européenne. Conçue par Bruxelles et conduite par un laboratoire de l’Agence nationale de sécurité sanitaire française (Anses), cette enquête a essentiellement consisté à mesurer la mortalité des abeilles domestiques (Apis mellifera) dans 17 pays européens. Il s’étonne que les chercheurs n’aient pas cherché la cause du déclin. Nous ne saurons donc pas quels résidus de pesticides se trouvaient dans les colonies les plus touchées.»(2)

Comment alors faire sans les abeilles, malgré les mises en garde d’Albert Einstein pour qui la disparition des abeilles est le dernier arrêt avant la disparition de l’humanité? Les Chinois ont une solution «provisoire». Ils prennent la place des abeilles: «Au sud-ouest de la Chine, dans la province du Sichuan, les vergers donnent toujours des fruits malgré la disparition progressive des abeilles. Chaque année, au mois d’avril, ce sont les habitants qui pollinisent les fleurs à la main. Les hommes et femmes grimpent dans les branches des pommiers afin de déposer sur les fleurs de pommiers une dose de pollen. (…) Récolté sur les organes mâles des fleurs, le pollen est tout d’abord séché au soleil pendant 48 heures puis moulu. Il est ensuite réparti dans des petites boîtes à chewing-gum, que les hommes et femmes-abeilles portent autour du cou. (…)Un arbre peut ainsi être entièrement pollinisé en une demi-heure, ce qui permet de respecter le temps imparti très resserré, dû au climat et au cycle de floraison. Mais le résultat est bien loin de celui obtenu grâce aux abeilles: une ruche peut polliniser à elle seule jusqu’à 3 millions de fleurs en une journée. Les habitants eux parviennent difficilement à dépasser plus de 30 arbres par jour chacun».(3)

La Terre n’en peut plus
Dans un éditorial décapant, Thomas Friedman éditorialiste du New York Times, admoneste les grands de ce monde et dénonce le mode de vie. Modèle de croissance, climat, ressources, population: comment expliquer qu’alors que nous franchissons aujourd’hui toutes les lignes rouges, outrepassant aveuglément les capacités du système terre, nous continuions à faire preuve d’une telle indifférence apparente, s’interroge Thomas Friedman «lorsqu’on se trouve face à une circonstance si énorme qu’elle requiert de transformer radicalement la façon de penser et de voir le monde, le déni est la réponse naturelle. Mais plus nous attendons, plus lourdes seront les réponses à apporter» constate l’écologiste australien Paul Gilding, dans son dernier ouvrage: la Grande Rupture. Au fur et à mesure que se multiplieront les impacts de ce bouleversement, estime-t-il, «notre réponse sera démultipliée en proportion, et nous nous mobiliserons comme nous l’avons fait durant la guerre. Nous allons changer à une échelle et une vitesse que nous pouvons à peine imaginer aujourd’hui, transformant complètement notre économie». Paul Gilding, décrit ce moment dans un nouvel ouvrage intitulé «la Grande Rupture: Pourquoi la crise climatique amènera la fin du consumérisme et la naissance d’un Nouveau Monde.» «Lorsqu’on se trouve face à une circonstance si énorme qu’elle requiert de transformer radicalement la façon de penser et de voir le monde, le déni est la réponse naturelle. Mais plus nous attendons, plus lourdes seront les réponses à apporter.» (…) Nous comprendrons, prédit-il, que le modèle de croissance axé sur la consommation est cassé et que nous devons passer à un modèle de croissance plus centré sur le bonheur, avec des gens qui travaillent moins et possèdent moins(…) (4)

La fin de la planète en 2100?
C’est la rumeur qui enflamme la Toile depuis plusieurs semaines: les écosystèmes de la planète pourraient connaître un effondrement total et irréversible d’ici 2100. La thèse? L’environnement, sous l’effet des dégradations causées par l’homme, pourrait franchir un point de non-retour avant la fin du siècle.

Dans Approaching a state-shift in Earth’s biosphere, les 22 chercheurs alarment sur une perte de la biodiversité de plus en plus rapide et une accélération des changements climatiques. Selon l’étude, presque la moitié des climats que nous connaissons aujourd’hui sur la Terre pourraient bientôt avoir disparu. Ils seraient ainsi remplacés, sur entre 12% à 39% de la surface du globe, par des conditions qui n’ont jamais été connues par les organismes vivants. Et ce changement s’effectuerait de manière brutale, empêchant les espèces et écosystèmes de s’y adapter. Arne Moers, co-autrice de l’étude déclare: «Nous prenons un énorme risque à modifier le bilan radiatif de la Terre: faire basculer brutalement le système climatique vers un nouvel état d’équilibre auquel les écosystèmes et nos sociétés seront incapables de s’adapter. […] Le prochain changement pourrait être extrêmement destructeur pour la planète. Une fois que le seuil critique sera dépassé, il n’y aura plus de possibilité de revenir en arrière.» (…) Les 22 scientifiques de l’étude proposent aux gouvernements d’entreprendre quatre actions immédiates: diminuer radicalement la pression démographique; concentrer les populations sur les zones enregistrant déjà de fortes densités afin de laisser les autres territoires tenter de retrouver des équili-bres naturels; ajuster les niveaux de vie des plus riches sur ceux des plus pauvres; développer de nouvelles technologies permettant de produire et de distribuer de nouvelles ressources alimentaires sans consommer davantage de ressources.(5) L’Extinction de l’humanité peut tout d’abord découler de l’activité humaine (pollution, épuisement des ressources naturelles, effet de serre). Le réchauffement climatique est susceptible d’entraîner une diminution de l’oxygène dans l’air par mort du plancton et une libération de sulfure d’hydrogène mortel pour la majorité des organismes. Le sulfure d’hydrogène est un des coupables probables de l’extinction du Permien, où 95% des espèces marines et 70% des espèces terrestres ont disparu».(5)

La géo-ingénierie sauvera-t-elle le monde?
La géo-ingénierie présentée comme la solution miracle- et peut être la solution finale pour la planète- en dehors du fait que les pays industrialisés refusent de consommer moins en consommant mieux, désigne les efforts visant à stabiliser le système climatique en gérant directement le bilan énergétique de la Terre…Pour Paul Joseph Crutzen, le prix Nobel de chimie 1995, nous avons quitté l’holocène tardif qui existe depuis 10.000 ans et nous sommes entrés depuis deux cents ans dans une nouvelle ère terrestre: «L’anthropocène», où l’homme modifie la biosphère mais aussi la géologie planétaire. Dans les pays industrialisés, on pense que «nous sommes nombreux» et que la Terre ne pourra nourrir 9 milliards de Terriens en 2050, sauf si l’immense majorité consomme comme les Somaliens et une immense minorité comme les Américains. (1)

Pour contrer le réchauffement climatique, pourquoi ne pas modifier le climat? C’est par ces intentions prométhéennes que les savants nous promettent de régler le problème. La solution miracle serait la géo-ingénierie et comme l’écrivent Christophe Greuet et Floriane Leclerc: «Cette science, qui propose un éventail de solutions controversées, gagne peu à peu en visibilité sur la scène internationale. En France, l’Agence nationale de la recherche (ANR) a d’ailleurs lancé en 2012 un atelier d’experts sur le sujet, dont le rapport vient de sortir. Les auteurs détaillent ensuite les modes opératoires connus. (…) Certaines techniques ont d’ailleurs attiré l’attention du Giec qui cite, pour la première fois, la géo-ingénierie comme «ultime recours» contre le réchauffement dans son rapport de 2007.(…) L’urgence incite les experts à considérer des solutions alternatives à celles d’atténuation et d’adaptation entreprises, jugées lentes et coûteuses. «Aujourd’hui nous sommes à dix minutes des douze coups de minuit,» déclarait l’Indien Rajendra Pachauri, président du Giec, en novembre 2013.(6)

«En France, une partie des chercheurs demeure sceptique et la considère encore «comme de la science-fiction». Lors d’un colloque organisé par l’Académie des Sciences l’an passé, l’institution, qui recommandait l’«extrême prudence» face à ces techniques, n’a pas jugé opportun de publier de rapport.Largement dominé par les Etats-unis, le débat gagne progressivement les autres continents. Et pour cause: c’est là que se dessine, en creux, la future gouvernance mondiale du climat (…) Bien qu’elles ne soient encore qu’expérimentales, les techniques de géo-ingénierie induisent des risques importants. Le danger est d’autant plus grand que les conséquences n’ont pas de frontières. Une expérience locale pourrait ainsi avoir un impact dans d’autres régions du monde, sinon sur l’ensemble du climat. Une simulation, réalisée par les chercheurs anglais du Met Office Hadley Center en 2013, a établi qu’une injection artificielle d’aérosols dans l’hémisphère Nord durant 50 ans diminuerait la température de la Terre d’un degré à cette période… mais déclencherait des sécheresses au Sahel. Parce que, malgré les risques, elle est encore très peu encadrée (…) Des «techniques douces» bien éloignées des projets prométhéens tant décriés, mais qui pourraient laisser la porte ouverte à des méthodes plus controversées. (…)En août 1989 au Cameroun, le dégazage naturel du lac Nyos, au fond duquel de grandes quantités de CO2 s’étaient accumulées, tuait 1700 personnes sur un rayon de 25 km, rappelle Greenpeace.(6) Comme le pense Hervé le Treut climatologue membre du Giec: «La géo-ingénierie apparaît comme dernier rêve de Prométhée. Nous avons appris que nous ne sommes pas les maîtres et possesseurs de la nature mais l’inverse. Non, nous sommes entièrement dépendants de notre environnement. Nous sommes des créatures terrestres menacées comme les autres espèces, pas les conquérants de l’univers.» A nous de choisir entre le chaos et la sobriété énergétique.

A vouloir jouer les apprentis sorciers l’éthique en prend un coup. Mais que reste t-il de cette dernière dans un monde où le laminoir de la prédation fait fi du patrimoine génétique de la faune et de la flore de l’humanité pour le plus grand bien de ces mercenaires du vivant et pour le plus grand malheur du monde. A moins que le citoyen ne se réveille, que l’Etat retrouve ses racines, que la société réapprenne le sens du collectif: notre avenir, qui dépendra de l’état de nos biens communs, au premier chef la composition de notre atmosphère, ne peut pas être approprié, car il nous appartient. La dictature du carbone écrit Frédéric Denhez doit être l’aiguillon de notre réveil sociopolitique, pas celui de l’oligarchie qui fait profil bas depuis le début de la crise.» (7)
Nous ne devons pas oublier que la nature a mis plus de deux cent millions à thésauriser les hydrocarbures et que l’homme dans son délire et son ivresse de puissance en l’espace d’à peine deux siècles, pense qu’il peut impunément perturber les équilibres physiques qui ont mis des centaines de millions d’années à amener cette stabilité climatique d’avant le règne de l’anthropocène. Il est urgent d’arrêter cette course vers l’abîme. Les pays riches pensent qu’ils ont la parade. Cruelle erreur! Nous sommes tous sur le même bateau ivre. Ils couleront avec les damnés de la Terre. La Terre n’accorde plus de sursis. Nous sommes avertis à moins de faire émerger une conscience universelle vers le bien commun.

1. C.E. Chitour: http://www.legrandsoir.info/nous-vivons-en-dette-ecologique-depuis-le-27-septembre-l-avenir-est-il-a-la-geo-ingenierie-ou-a-la-sobriete-energetique.html
2. Stéphane Foucart Déclin des abeilles: les mots qui fâchent Le Monde 13.04.2014
3. http://www.maxisciences.com/abeille/abeille-en-chine-des-hommes-font-le-travail-des-pollinisateurs-disparus_art32446.html
4. Thomas. Friedman http://www.nytimes.com/ 2011/06/08/opinion/08friedman.html?_r=2&
5. Audrey Garric: La fin de la planète en 2100? http://ecologie.blog.lemonde.fr/2012/07/27/la-fin-de-la-planete-en-2100/
6. Christophe Greuet et Floriane Leclerc http://www.slate.fr/monde/87043/geo-ingenierie 01.06.2014
7 Frédéric Denhez: La dictature du carbone – Editions Fayard, septembre 2011

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