Une autre façon de représenter le Québec et les Québécois à Ottawa

Échec du système gouvernemental politique représentatif totalitaire.

http://www.vigile.net/Une-autre-facon-de-representer-le

Une autre façon de représenter le Québec et les Québécois à Ottawa

Ceux qui pouvaient encore avoir un doute sur le lancement de la campagne électorale fédérale il y a une dizaine de jours avec l’annonce du feu vert au projet d’oléoduc Northern Gateway, auront vite compris en voyant apparaître Stephen Harper aux bulletins de nouvelles de Radio-Canada la semaine dernière que le grand racolage est commencé.

Et il n’y va pas de mainmorte ! Figurez-vous qu’il va même jusqu’à s’attribuer « un certain mérite dans la chute de l’appui à la cause souverainiste au Québec et [croire] que les élections d’avril dernier montrent que les Québécois sont prêts à des changements majeurs », bien évidemment dans le sens du message des Conservateurs.

Lorsqu’ils ont porté le PLQ au pouvoir le 7 avril dernier, les Québécois se doutaient-ils un seul instant de la façon dont Stephen Harper allait interpréter leur geste ? C’est pourtant le risque qu’ils prenaient en élisant à Québec le gouvernement le plus à-plat-ventriste de toute leur histoire.

Avaient-ils compris que l’un des effets de leur vote serait de remettre leur avenir collectif entre les mains du gouvernement Harper, comme je le soulignais dans ma dernière chronique, avec le risque qu’il en profite à ses fins électorales ? Certainement pas s’il faut accorder le moindre crédit aux sondages qui témoignent depuis déjà plusieurs années de leur froideur pour la vision des Conservateurs.

Lorsqu’ils prendront conscience de la précarité de la situation dans laquelle ils se trouvent et du danger qui les guette, ils constateront que leurs options sont très limitées.

Ni le PLC ni le NPD ne sont en mesure de leur offrir la moindre garantie quant à la protection et à la défense de leurs intérêts collectifs, le PLC parce que son histoire en est une de trahison constante à ce chapitre et que son chef n’est tout simplement pas à la hauteur du défi que représente pour lui un adversaire aussi coriace que Stephen Harper, et le NPD parce que, malgré son balayage au Québec lors de la dernière élection générale, il n’y est pas suffisamment enraciné et dédié à la protection de ses intérêts pour qu’ils puissent mettre en lui toute leur confiance.

Le Bloc Québécois a beau être dans une situation précaire, si son nouveau chef Mario Beaulieu parvient rapidement à trouver le ton juste et démontrer qu’il a une bonne compréhension des grands enjeux sur lesquels vont s’affronter les intérêts du Québec et du Canada dans les années qui viennent, et notamment les enjeux énergétiques et environnementaux, il risque de retrouver du crédit auprès des Québécois qui préfèreront rester en marge plutôt que de s’engager dans une aventure sur laquelle ils n’ont aucune prise.

Quant aux indépendantistes, ils devront comprendre non seulement que l’indépendance ne se fera pas à Ottawa, mais que le mieux que le Bloc pourra y faire sera de se substituer au gouvernement Couillard pour défendre l’État du Québec et l’intérêt supérieur du Québec et des Québécois contre les visées réductrices d’Ottawa, de l’establishment anglo-canadien, et de nos élites francophones encore davantage attachées au Canada qu’au Québec.

Dans le cas de ces dernières, il faut comprendre que l’État du Québec est apparu dans les années soixante d’abord à leur insu, et ensuite à leur corps défendant, et qu’elles n’ont jamais digéré de se faire placer dans la position d’avoir à choisir entre le Québec et le Canada, d’où la haine viscérale qu’elles ont pour les indépendantistes qui les poussent à faire un choix qu’elles jugent non seulement contraire à leurs intérêts, mais qui les expose à passer pour traîtres aux yeux des uns ou des autres selon leur choix et surtout d’en subir les répercussions dans leur vie quotidienne et leurs affaires.

Le référendum, c’est eux qui n’en veulent pas, et le contrôle qu’ils exercent sur les médias leur donne les moyens d’imposer leur vision à l’ensemble de la société québécoise. Comme nous l’avons vu lors de la dernière campagne électorale au Québec, ils ne ratent aucune occasion pour marteler ce thème ad nauseam. Pour sa plus grande perte, le mouvement indépendantiste n’a jamais développé de stratégie ciblée pour contrer leur action, et à chaque fois, il se fait prendre « les culottes à terre ».

Les convictions farouchement indépendantistes de Mario Beaulieu serviront donc essentiellement d’assurance que, sous sa direction, le Bloc ne tombera pas dans le piège de la continuité du système fédéral et le jeu de la « loyale opposition » de Sa Majesté, ni dans celui du « plusse meilleur pays du monde » comme on découvrait ces jours derniers dans sa chronique du Journal de Montréal que c’était le cas pour Gilles Duceppe !

Il serait grand temps que les Québécois comprennent que le Canada est autre chose qu’une partie du continent nord-américain qui s’étend, pour le moment, de l’Atlantique au Pacifique. Au-delà de ce que nous présentent les cartes géographiques, il y a des réalités historiques, politiques, sociales, économiques et culturelles extrêmement rudes, voire même brutales, qui sont loin de lui faire honneur.

Ce sont justement ces réalités-là qui alimentent les tensions entre les provinces et entre le Québec et le reste du Canada.

Tensions interprovinciales et fédérales-provinciales

Terre-Neuve

Ainsi, la très grande majorité des Québécois ignorent qu’en 2007, l’ancien premier ministre de Terre-Neuve, Danny William, a fait descendre les drapeaux du Canada dans sa province pour bien marquer son rapport de force avec Ottawa dans une chicane où les intérêts de sa province étaient en cause. Dans une entrevue au Globe and Mail il se définissait comme un patriote et un nationaliste en précisant qu’il aurait voté pour l’indépendance au référendum de 1948 :

« Williams hadn’t been born when Newfoundland joined Canada in 1949. But during an interview in his office overlooking St. John’s, the Premier announces out of the blue that he would not have been a Confederate if he had been old enough to vote in the 1948 referendums. His ballot would have been for an independent Newfoundland, a country not tied to a government in distant Ottawa.

So his identification of Newfoundland with Quebec is not frivolous. Quebec is another country tied to Ottawa, sometimes grudgingly, and if Quebec seems to be set in a constant struggle to keep its distance, it’s also the nature of the game in a federal state : « I’ve watched Quebec at the table and they use their distinct society and their uniqueness to get their way. More power to them. But don’t begrudge it to other sectors of this nation. »

Williams even borrows the famous Quiet Revolution slogan of « Masters in our own house, »

Alberta et Saskatchewan

C’est ce même thème de « Maîtres chez nous » qui animait deux premiers ministres provinciaux, Ed Stelmach et Brad Wall, respectivement de l’Alberta et de la Saskatchewan, lorsqu’ils n’hésitèrent pas à déclarer conjointement en 2008, en pleine campagne électorale fédérale, que l’unité du pays pourrait être en jeu si les partis politiques fédéraux tentaient de réaliser des gains électoraux sur le dos des provinces :

« Alberta Premier Ed Stelmach even warned that national unity could become an issue if any federal political parties try to make electoral gains at the “expense” of certain regions. (…) Both Mr. Stelmach and Saskatchewan Premier Brad Wall are worried that the Liberals’ proposed environmental policies, including a carbon tax, would kill off foreign investment in the energy sector and raise production costs. »

Ils dénonçaient alors le « Plan Vert », la pièce maîtresse du programme des Libéraux alors sous la direction de Stéphane Dion. Devant cette réaction très radicale, Stéphane Dion avait piteusement battu en retraite. Il expliquera plus tard qu’il avait eu un débat avec ses stratèges à ce sujet, mais qu’il avait préféré ne pas répliquer pour ne pas nuire à la « cohésion nationale » ! (Voir à ce sujet l’excellent article de Jean-Claude Pomerleau paru sur Vigile en 2013).

En d’autres termes, pour les Libéraux fédéraux, quand c’est l’Ouest qui menace de se séparer, on file doux, et quand c’est le Québec, on joue les matamores. Bien entendu, ni La Presse ni Radio-Canada n’ont commenté cet étrange « deux poids, deux mesures ».

Colombie-Britannique

En octobre 2012, c’était au tour de la première ministre Christie Clarke de la Colombie-Britannique de tenir des propos « radicaux », et elle n’y allait pas par quatre chemins, annonçant une crise politique nationale à deux reprises dans une même entrevue et menaçant carrément dans une autre de couper l’électricité aux entreprises impliquées dans la construction du pipeline Northern Gateway si le projet était lancé sans que ses cinq conditions ne soient respectées :

« Any move by Ottawa to green-light the Northern Gateway pipeline over British Columbia’s objections would ignite a national political crisis, says Premier Christy Clark.

Putting its foot down on a provincial matter would fan the flames on both sides of the debate and run afoul of political reality : the pipeline will only get built if it has the “social licence” to proceed, Ms. Clark said. […]

The federal government has indicated a need for Canada to diversify its energy customer base and that Asia represents a lucrative opportunity to do just that. Ms. Clark said even if the federal government believes the pipeline to be in the national interest, she can’t see Ottawa using its powers to push it through.

“I don’t see any appetite for it,” the Premier said. “Heaven forbid, it would be a national political crisis. Whether or not people supported the pipeline, they would band together to fight the federal government if they decided to intrude into British Columbia without our consent.”

The Premier’s stand on the project has increasingly put her at odds with Ottawa and Ms. Redford. The B.C. government has laid out five conditions that must be met in order for the pipeline to go ahead. Those demands include provisions around the environment, first nations involvement and money. »

« British Columbia Premier Christy Clark has issued a veiled threat to withhold electricity needed to operate controversial oil sands pipelines if the projects do not meet her demands.

Ms. Clark, when asked Tuesday what steps her province could take to block projects like Enbridge Inc.’s Northern Gateway, went beyond pointing to the 60 regulatory permits B.C. could deny.

“British Columbia’s power would be required to power up the pipeline, from B.C. Hydro – a Crown corporation,” she said while speaking to students from University of Calgary’s School of Public Policy. “There are a whole number of different things the British Columbia government could do.” »

Or, comme je le soulignais dans ma dernière chronique, nous sommes en juillet 2014, et Ottawa vient justement de donner son feu vert à la construction du pipeline Northern Gateway. Il se trouve en plus que Christie Clarke est toujours première ministre de Colombie-Britannique, étant parvenue à se faire réélire, malgré, ou peut-être grâce à, sa rhétorique anti-fédérale virulente.

Nous sommes donc en pleine crise politique nationale, mais personne n’en parle, sauf Vigile. Et au Québec, on fait passer des Daniel Breton, Pierre-Karl Péladeau et Mario Beaulieu pour « fanatiques » ou « hargneux » tout simplement parce qu’ils se dressent, comme quatre premiers ministres canadiens, à la défense des intérêts du Québec ! Il n’y a jamais rien de radical à défendre ses intérêts. Ce qui est radical, en revanche, c’est de ne pas le faire !

Cherchez l’erreur !

Il serait temps pour les Québécois de comprendre la nature exacte des enjeux. Toute revendication d’indépendance par le Québec fait peser sur le Canada une menace existentielle. Le Québec peut très bien survivre sans le Canada, sur quelque plan que ce soit, politique, économique, social, culturel ou identitaire. Or il n’en va pas de même pour le Canada sans le Québec. Sans le Québec, le Canada se retrouve séparé en deux, de la même façon que le Pakistan au moment du démantèlement de l’Empire britannique à la fin de la Deuxième Guerre mondiale.

À l’époque, le Pakistan s’est retrouvé coupé par l’Inde en son milieu. Il y avait donc un Pakistan occidental et un Pakistan oriental. Le premier a survécu sous son nom d’origine, et le second a fait sécession en 1971 pour devenir le Bangladesh (voir la carte géographique sous Pakistan dans Wikipédia)

Coupé en deux dans son milieu, et amputé d’’une grande partie de la substance qui le distingue des États-Unis, le Canada subirait éventuellement le même sort que le Pakistan, et les élites canadiennes en sont tellement conscientes qu’elles sont prêtes à employer tous les moyens pour éviter que cela ne se produise. Souvenez-vous de ces mots de l’ancien maire de Québec et chef de cabinet de Jean Chrétien pour justifier les écarts de conduites du gouvernement fédéral au référendum de 1995 :

Or le Canada n’a pas désarmé depuis 1995 et il est toujours sur un pied de guerre. Le plus grand signe de sa faiblesse, c’est que la même menace existentielle pèse toujours sur lui, même s’il cherche à la minimiser, et même à la nier. Pour leur part, les Québécois, effrayés par leur audace de 1995, et intimidés par les moyens et les méthodes de l’ennemi, se terrent, en refusant de regarder en face les conséquences de leur défection : la mort lente, l’attrition, l’assimilation, la Louisianisation, la réalisation du plan de Durham, l’extinction.

Trahis par des élites serviles et frileuses, les Québécois n’ont jamais vu que le rapport de force les avantageait. Ils n’ont rien à perdre et tout à gagner, alors que le reste du Canada a tout à perdre et rien à gagner. C’est le secret le mieux gardé au pays. Acculé au pied du mur, c’est le Canada qui plierait. Devant une décision des Québécois de quitter la fédération, il multiplierait les offres pour les retenir.

S’il ne l’a pas déjà fait, c’est qu’il ne considérait pas la menace comme suffisamment réelle. Pourquoi lâcher du lest avant que cela ne soit absolument nécessaire ? La « realpolitik », c’est ça. Le danger qu’il courre, c’est que les Québécois ne soient plus intéressés aux compromis lorsqu’il sera prêt à en faire. Un poker digne de Guy Laliberté ! Il est temps pour les Québécois de riposter au bluff du Canada, et Ottawa constitue la meilleure tribune pour le faire.

S’il existe pour les indépendantistes une autre façon de gouverner le Québec, il doit exister pour eux une autre façon de s’opposer lorsqu’ils se font élire à Ottawa pour y défendre les intérêts du Québec et des Québécois . Une façon avec laquelle les Québécois pourront facilement s’identifier et qu’ils jugeront très pertinente dans la conjoncture du moment. Le Bloc Québécois n’a aucune raison d’être, autrement.

Parce qu’il ne participe pas à la logique de l’alternance du pouvoir canadien, il est condamné à se démarquer nettement et continuellement par sa pertinence pour les Québécois ou à disparaître, tant que le Québec n’est pas indépendant.

C’est le défi de Mario Beaulieu, le nouveau chef du Bloc Québécois.

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