Les symptômes du modèle électoral révèlent les dessous historiquement corrompus de la politique

Échec du système gouvernemental politique représentatif totalitaire, du système économique monétaire capitaliste oligarchique, du système administratif bureaucratique hiérarchique et du système juridique et législatif déshumanisés.

« … on n’élit pas des représentants mais un parti—ou plutôt un chef de parti, car dans notre système britannique, c’est le chef de l’organisation politique dominante qui devient automatiquement premier ministre. En vertu de la ligne de parti, celui-ci a le pouvoir absolu sur ses ministres, ses députés, le gouvernement et l’Assemblée nationale. Notre système est une sorte de monarchie élective. »

« Notre mode de scrutin est un autre élément qui produit une distorsion majeure dans l’élection. Parce qu’il est majoritaire à un tour, il n’est pas nécessaire d’obtenir la majorité absolue des suffrages exprimés pour être élu (50% plus un): il suffit d’en avoir plus que ses adversaires, ou d’avoir davantage de députés qu’eux, même si cela ne représente finalement que 30% des suffrages. Et encore, on ne compte pas ceux qui avaient le droit de vote, mais qui ne l’ont pas exercé. Drôle de représentation. Il faudrait au moins que les deux candidats ayant obtenu le plus de votes au premier tour s’affrontent dans un second tour: le gagnant obtiendrait alors forcément une réelle majorité.

Mais il y a plus. Notre mode de scrutin n’est pas proportionnel, c’est-à-dire que la représentation des partis à l’Assemblée nationale ne correspond pas au pourcentage des votes obtenus par chaque parti, ni à la répartition des voix dans chaque région. Chaque député étant élu à majorité simple, dans un seul tour de scrutin, un parti peut se retrouver avec une proportion de députés beaucoup plus ou beaucoup moins élevée que le pourcentage de votes obtenu. »

« Dans ces conditions, faire élire des députés quand on est un nouveau parti et que l’on récolte un faible pourcentage de votes s’avère particulièrement difficile. »

« Le découpage de la carte électorale vient fausser encore plus la représentativité de l’élection. En effet, toutes les circonscriptions n’ont pas le même nombre d’électeurs: l’écart est limité par la loi, mais il peut tout de même être significatif. En général, il y a moins d’électeurs dans les circonscriptions situées dans les campagnes que dans les villes: il faut donc plus de votes en milieu urbain pour élire un député. »

« Au bout du compte, peut-on dire que l’Assemblée nationale et le parti au pouvoir reflètent la volonté de la majorité de la population? Bien malhonnête ou aveugle qui le prétendrait. C’est mathématiquement faux, profondément injuste, carrément antidémocratique. «Infect», disait René Lévesque. Et c’est conçu sur mesure pour faciliter la prise du pouvoir par les plus riches et les plus forts.

Pourquoi diable élit-on des riches pour nous représenter? N’est-ce pas étrange? Ma réponse à moi, c’est que les riches ont fini par faire croire à tout le monde qu’ils sont les bienfaiteurs de l’humanité, que les pauvres sont pauvres parce qu’ils ne savent pas s’administrer, et que seuls les riches ont la capacité de gouverner. Élire un pauvre ou un citoyen ordinaire, c’est élire quelqu’un qui ne sait même pas se diriger lui-même. Mais pourquoi ne nous vient-il pas à l’idée qu’un riche protège ses acquis, et qu’un petit est mieux placé pour défendre les intérêts des autres petits? »

« Les pères fondateurs de la démocratie auraient-ils inventé les élections pour s’assurer que ce ne soit pas le peuple qui décide, mais des représentants des classes supérieures, comme l’avance Francis Dupuis-Déri? Justement, à l’origine, le droit de vote était réservé aux hommes, à ceux qui avaient des propriétés et de l’argent, à ceux qui savaient lire—aux Blancs, donc, aux riches et aux puissants. On considérait que le peuple était trop ignorant, irrationnel et envieux des riches pour avoir le droit de voter. «Mais si le droit de voter s’est élargi au point que l’on parle de suffrage universel, les électeurs n’ont pas plus qu’avant le droit de participer directement à l’élaboration des lois et le pouvoir est toujours entre les mains de quelques centaines de politiciens élus. (Francis Dupuis-Déri, Démocratie. Histoire politique d’un mot aux États-Unis et en France, Lux, 2013.)

En fait, les institutions démocratiques d’origines britanniques, comme les nôtres, n’ont guère changé depuis leur création: ce sont des monarchies constitutionnelles, c’est-à-dire des monarchies couplées à un Parlement. Elles sont toutes empreintes de la mentalité hiérarchique et aristocratique des monarchies qu’elles ont remplacées et sont tributaires des conditions d’éducation, de transport et de communication qui prévalaient à l’époque. »

Extrait de: Bouchard, Roméo. « Constituer le Québec. » Atelier 10, 2014-05-16.

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