L’omniprésente itinérance | Le Devoir

Échec du système économique monétaire capitaliste oligarchique et du système gouvernemental politique représentatif totalitaire.

Lire aussi : https://ccuucc.wordpress.com/2013/09/09/itinerance-et-laisses-pour-contre-des-produits-du-systeme-social/

http://www.ledevoir.com/societe/actualites-en-societe/414432/l-omnipresente-itinerance?fb_action_ids=912241962125220&fb_action_types=og.recommends

L’omniprésente itinérance

De plus en plus de personnes âgées emplissent aujourd’hui les rangs des sans-abri.

Elle est partout, omniprésente et invisible à la fois. Plus que jamais, l’itinérance se complexifie, forçant les organismes montréalais qui viennent en aide aux personnes sans abri ou à risque de le devenir à redoubler de créativité et d’efforts, alors que se fait attendre le plan d’action de Québec à cet égard. Portrait de la situation.

Difficile de connaître l’ampleur réelle du phénomène de l’itinérance. Chose certaine, celui-ci a rapidement évolué ces dernières années. Le « robineux » à la barbe grise et au visage usé par l’alcool et la rue constitue encore aujourd’hui l’image que se font plusieurs du sans-abri. La population itinérante de Montréal est pourtant plus diversifiée que jamais. Plus âgée, aussi.

Le plus récent « recensement », effectué en 1998, chiffrait à quelque 28 000 individus la population sans domicile fixe de la métropole.

La plupart des organismes, dont le gouvernement fédéral, estiment aujourd’hui à 30 000 le nombre de personnes qui se retrouvent dans cette situation au cours d’une année, ce qui représenterait approximativement 20 % des sans-abri du pays. Des données trop vagues et anciennes au goût de plusieurs, à commencer par le maire Denis Coderre, qui a annoncé, en janvier dernier, son intention d’entreprendre cet automne, pour la première fois en plus de 15 ans, une opération de dénombrement des personnes itinérantes dans la métropole.

S’il se réjouit de l’intérêt du maire pour la question de l’itinérance, citant en exemple son action rapide dans le dossier des « pics à itinérants » devant le magasin Archambault de la rue Sainte-Catherine, le Réseau d’aide aux personnes seules et itinérantes de Montréal (RAPSIM) estime toutefois que les efforts que nécessitera ce décompte auraient pu être plus utiles ailleurs. D’autant plus que Québec prépare, en parallèle, un portrait de l’itinérance à l’échelle provinciale, qui doit lui aussi voir le jour au cours des prochains mois.

«Ce recensement, c’est une sorte d’instantané, de polaroïd de la situation», estime Marjolaine Despars, coordonnatrice adjointe du RAPSIM, qui regroupe 102 groupes qui luttent contre l’itinérance dans la métropole.

«La réalité, c’est qu’il y a autant de parcours, de profils et de visages qu’il y a de personnes dans la rue. On sait qu’il y a de plus en plus de femmes, de plus en plus de personnes âgées. Des Inuits et des personnes issues de l’immigration aussi», dit-elle.

Visages changeants

Encore aujourd’hui, les hommes forment néanmoins la majorité des gens qui se retrouvent à la rue. Dépendance à l’alcool, aux drogues, voire aux jeux de hasard, troubles mentaux, infections transmissibles sexuellement et par le sang (ITSS) font partie du vécu de bon nombre d’entre eux.

«Les femmes, elles, ont des problèmes légèrement différents. Mais c’est une itinérance cachée», souligne Mme Despars.

Elles développent de nombreuses stratégies pour éviter de se retrouver dans la rue. Des stratégies de survie. Quand elles arrivent dans la rue, c’est qu’elles ont épuisé toutes les avenues et toutes leurs ressources possibles. Des victimes de la crise économique, qui n’ont plus un cent, ayant perdu emploi et logement à la suite d’une maladie, ou encore ruinées par le jeu. De 73 à 81 % d’entre elles sont ou ont été victimes de violence, psychologique, physique ou sexuelle, révèlent des études menées à l’échelle du pays.

Plus que tout groupe, elles constituent une population en croissance dans les rues de Montréal, au point où elles représenteraient aujourd’hui près du tiers des itinérants. Dans les centres d’hébergement pour femmes, le taux d’occupation atteignait 125 % la semaine dernière.

Aînés à 50 ans

Alors que pendant des années les stratégies de lutte contre l’itinérance ont ciblé les jeunes de la rue, de plus en plus de personnes âgées emplissent aujourd’hui les rangs des sans feu ni lieu.

«On voit bien que la population itinérante vieillit, comme le reste de la population du Québec d’ailleurs. Mais elle vieillit plus rapidement, est plus vulnérable et moins en santé que la population en général», résume la directrice générale de la Maison du père, France Desjardins, dont l’organisme aide depuis plus de 40 ans les hommes à sortir de la rue et à se reprendre en main.

Ces écorchés de la vie présentent souvent, dès la cinquantaine, un profil de santé semblable à celui de personnes de dix à vingt ans plus vieilles. Ce sont de véritables personnes âgées, la cinquantaine à peine commencée.

Si une bonne partie de la population itinérante âgée vit depuis longtemps dans la rue, une part non négligeable de celle-ci est éduquée, a eu un travail pendant une bonne partie de sa vie, mais se retrouve néanmoins sans rien.

«Quand on perd son emploi à 50 ans, c’est beaucoup plus difficile. On est plus à risque d’être dans la précarité. L’économie est aujourd’hui plus difficile, et beaucoup de gens vivent de paie en paie, ou sont travailleurs autonomes. On peut se retrouver rapidement sans rien», ajoute Mme Desjardins.

Une solitude incommensurable

Jeunes, vieux, femmes, hommes, issus de l’immigration ou originaires du Québec, la plupart de ces personnes ont une chose en commun, soulignent les intervenants : la solitude.

Professeur à l’École de travail social de l’UQAM, Michel Parazelli a étudié pendant quatre ans les enjeux relatifs au partage de l’espace public à Montréal. Les chercheurs ont rencontré politiciens, fonctionnaires municipaux, travailleurs communautaires, sans-abri et marginaux, commerçants et résidants pour obtenir leurs points de vue, afin de dresser un portrait des rapports entre les itinérants et les autres couches de la société.

«Souvent, on les force à bouger, à se déplacer, à ne pas trop se montrer. À avoir des comportements dits “normaux”. Cela crée une pression. Le problème n’est pas si simple, on ne peut sortir des gens de la rue comme on en sort des objets», s’exclame le professeur et chercheur, selon qui l’individualisme et l’esprit de compétition ambiants contribuent à la marginalisation de gens éprouvant des difficultés à composer avec ces exigences de la société.

«Depuis qu’on a laissé tomber la religion, le sentiment communautaire, collectif, a disparu. C’est l’individualisme qui prime.»

Un plan d’action québécois à l’automne

Les ressources gouvernementales, elles, sont toujours aussi éparses… et instables. Des organismes qui viennent en aide aux personnes sans abri accusaient par exemple le gouvernement fédéral de retenir des fonds destinés à la lutte contre l’itinérance en début de semaine.

L’adoption par le gouvernement Marois, en février, de la première politique nationale de lutte contre l’itinérance constitue néanmoins une victoire de taille pour les organismes. La politique déposée par l’ex-ministre déléguée aux Services sociaux, Véronique Hivon, élevait au rang de priorité gouvernementale l’accès au logement, aux services de santé et aux services sociaux, au revenu, à l’éducation, l’insertion sociale et socioprofessionnelle, la cohabitation et les enjeux liés à la judiciarisation des sans-abri.

Le gouvernement Couillard s’est déjà engagé à mettre en application la politique, par l’entremise d’un plan d’action, mais n’a toujours pas précisé la portée de celui-ci.

«La politique, c’est le cadre théorique. C’était une belle victoire. On est très heureux de cette première. On a maintenant hâte de voir le plan d’action qui devra nécessairement en découler, dit la coordonnatrice adjointe du RAPSIM, Marjolaine Despars. L’enjeu, c’est de s’assurer qu’elle ne sera pas tablettée, et qu’un plan d’action gouvernemental verra véritablement le jour, et qu’il sera déployé à l’échelle de la province.»

Répondant à une question de la députée solidaire Manon Massé, à la suite du dépôt du premier budget du gouvernement Couillard, la successeure de Mme Hivon, Lucie Charlebois, a affirmé que son gouvernement «travaille activement à produire le plan d’action», mais elle a refusé de fournir une date précise pour son dépôt. Elle a rappelé que, dans le dernier budget, les 8 millions prévus pour l’itinérance étaient maintenus, mais il n’a été aucunement question des 6 millions supplémentaires promis par le dernier gouvernement péquiste.

Le gouvernement a maintenu l’ajout de 3000 logements sociaux, soit 250 de moins que ce que le Parti québécois avait annoncé, dont 500 seraient réservés à la clientèle itinérante.

«Le gouvernement va déposer son plan à l’automne», a confirmé au Devoir l’attachée de presse de Mme Charlebois, Alexandra Bernier, soulignant que la ministre effectue actuellement une série de rencontres avec les organismes communautaires afin de préparer les initiatives qui découleront de la Politique nationale de lutte à l’itinérance.

Des initiatives qu’attendent impatiemment les centaines de groupes de lutte contre l’itinérance de la province.

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