L’indice de la peur | Le Devoir

Échec de la culture humaine déformée par le système social économique monétaire capitaliste oligarchique et par le système gouvernemental politique représentatif totalitaire.

Échec du système économique monétaire capitaliste oligarchique.

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L’indice de la peur
16 août 2014 |Éric Desrosiers | Actualités économiques

Rien ne semble pouvoir sortir les marchés de leur sentiment de sécurité — ou de leur ennui — ces temps-ci. Faut-il s’en inquiéter ?

Le gouvernement irakien a perdu le contrôle d’une partie de son territoire aux mains d’une horde d’intégristes qui veulent y instituer un califat et les prix du pétrole croupissent à leur niveau le plus faible en 13 mois. On annonce que les économies française et allemande sont tombées au point mort et menacent de basculer dans la déflation, et les Bourses européennes ne tombent pas, mais montent de 1,6 % en deux jours pour revenir à leur point de départ…

Tout le monde sait — ou devrait savoir — que les marchés financiers mènent souvent leur vie indépendamment de l’économie réelle. Mais ils semblent parfois animés d’une bien étrange logique.

Un bon exemple, ces temps-ci, est l’indicateur créé dans les années 90 par la Bourse de Chicago pour mesurer la volatilité des marchés boursiers américains.

Établi en fonction d’un calcul compliqué prenant en compte le prix que sont prêts à payer les investisseurs pour se protéger ou profiter de possibles fluctuations des cours, cet indicateur est appelé VIX, mais a un surnom beaucoup plus inquiétant et sexy: l’indice de la peur.

Un indice qui dépasse les 30 points est généralement interprété comme le signe que les investisseurs craignent que quelque chose de grave ne leur tombe sur la tête. Lorsqu’on est sous les 20 points, cela signifie que leur garde est complètement baissée. Au pire de la Grande Récession, l’indice de la peur avait dépassé les 80 points.

Depuis le printemps, il ronronne sous la barre des 14 points et a même flirté, à 10,32 au début du mois de juillet, avec son record historique même si le monde a été aux prises avec une crise ukrainienne aux allures de guerre froide, le débordement de la guerre civile syrienne en Irak, une flambée du conflit israélo-palestinien, l’apparition d’une épidémie de virus Ebola, sans parler de l’arrivée des militaires à la tête de la Thaïlande, de l’élection d’une généreuse fournée de députés extrémistes au Parlement européen, de la panne de la croissance dans la zone euro et du danger que la Chine, deuxième économie au monde, rate son atterrissage en douceur.

Il y a bien eu, il y a deux semaines, une petite remontée au-dessus de la barre des 17 points, mais elle a été de courte durée. On était revenu, vendredi, à 13,2 points.

Complaisants ou endormis ?

Pour certains observateurs, cette tendance n’est rien de moins que le symptôme de la complaisance de marchés gavés par de juteux rendements boursiers et aveugles aux risques de retour brutal sur terre. On a même entendu dire que la dernière fois que les marchés s’étaient montrés aussi confiants, c’était à la veille de la faillite de Lehman Brothers et de tout ce qui allait s’ensuivre.

Pour d’autres observateurs, les marchés sont moins complaisants que morts d’ennui devant une économie mondiale qui ne court plus vraiment le risque de replonger en récession, mais qui ne semble pas capable non plus de gagner de l’élan en dépit des signes de reprise aux États-Unis et de l’atténuation de la crise des dettes souveraines dans la zone euro.

Le salut dans les banques centrales

Plusieurs y voient une raison de rendre hommage au travail extraordinaire abattu depuis la Grande Récession par les pouvoirs publics, mais plus particulièrement celui des banques centrales.

L’étonnante sérénité et l’égalité d’humeur des marchés boursiers s’expliquent largement, disent-ils, par le sentiment désormais rependu que la Réserve fédérale américaine et autre Banque centrale européenne veillent sur le retour graduel à la normale. Qu’elles sauront rester au chevet de l’économie aussi longtemps que nécessaire et qu’elles sauront, au besoin, revenir à sa rescousse en cas de nouveau coup dur.

Cette marque de confiance est un bel hommage à l’énergie et à la créativité effectivement déployées par les banques centrales depuis la dernière crise économique au même moment où plusieurs gouvernements sont apparus bien indécis, voire fort mal inspirés.

Elle peut aussi avoir quelque chose d’un peu inquiétant quand on se souvient de la foi aveugle qu’on avait aussi dans la clairvoyance presque mystique du président de la Fed, Alan Greenspan, lorsque l’effondrement de Wall Street se préparait.

On parlait, à l’époque, d’une ère de « grande modération » apportée par les politiques des banques centrales et marquée par une réduction spectaculaire de l’inflation et de la volatilité de la croissance économique. On sait aujourd’hui les terribles périls qui menaçaient sous ce long fleuve tranquille.

Cela ne signifie pas que de tels périls nous menacent actuellement, mais seulement que les marchés devraient maintenant avoir appris à se méfier de leur tranquillité d’esprit.

On se rassurera peut-être un peu à la lecture des conclusions d’une étude de la firme CXO Advisory Group, citée par Bloomberg, vendredi.

On y rapporte, en effet, qu’il n’y aurait pas de solide corrélation entre les mouvements de l’indice de la peur et les variations marquées de cours de la Bourse à court ou moyen terme.

L’économiste de la Banque Scotia Derek Holt rappelait, quant à lui, jeudi, que la tenue de la fameuse réunion des banquiers centraux, qui se tient chaque année à Jackson Hole, au Wyoming, sonne souvent le réveil des marchés face à certaines réalités économiques et se traduit habituellement par une fluctuation du VIX. Or cette réunion doit justement se tenir le week-end prochain.

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