Le climat, otage de la finance : Ou comment le marché boursicote avec les droits à polluer – Com ment le néolibéralisme tue l’environnement

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Comment le néolibéralisme tue l’environnement

Ce livre est une critique constructive et très intéressante sur ce qu’on appelle la finance carbone, ou encore le marché du carbone, qui gère (est censé gérer, en tout cas) les droits en équivalent tonne CO2, c’est-à-dire les droits d’émission de gaz à effet de serre.
Aurélien Bernier aborde le sujet de façon très pédagogique, très ludique, sans prétention. Il commence d’abord par un rappel très instructif sur les fondements de la théorie libérale, qui admettait elle-même ses limites : les externalités négatives ont été (et sont toujours aujourd’hui) un problème majeur du libéralisme, qui a mis à défaut les premiers théoriciens de cette doctrine, jusqu’à ce que Pigou puis Coase y apportent des solutions. C’est ce dernier qui a inventé le principe de marché, avec droits de propriété.
Dans le domaine de l’environnement, la première application de ce principe fut le marché de SO2 (devant permettre de stopper les pluies acides), aux USA, qui a été une réussite. Les libéraux triomphaient, mais oubliaient de noter que la réussite du marché de SO2 reposait en grande partie sur une réglementation très stricte mise en place par l’Etat, et non sur des droits à polluer sur lesquels la spéculation est permise.
Il explique ensuite le fonctionnement concret et précis des marchés de droits à polluer (droit en émissions de gaz à effet de serre ou en équivalent carbone) dans le cadre de l’UE ou du protocole de Kyoto. Un nombre de quotas est attribué aux entreprises fortement émettrices, et, à la fin de l’année, elles doivent posséder autant de quotas qu’elles ont émis d’équivalent CO2. L’échange de quotas sur un marché libre permettrait donc à l’ensemble des entreprises polluantes de réduire globalement les émissions de gaz à effet de serre de façon efficiente économiquement. Pour les entreprises émettant plus que le nombre de quotas attribués, deux solutions existent : l’achat de quotas ou la participation à des mécanismes de projets dans d’autres pays. Ainsi, dans la plupart de cas, les entreprises voulant obtenir des quotas (pouvant alors les revendre ou les utiliser) investissent à bas coût dans les industries très polluantes des pays pauvres.
Quelles critiques apporter, dans le fond, à ce système? Principalement son instabilité, nous explique Aurélien Bernier, qui empêche investissements à long terme. Un hiver froid et le prix des quotas grimpera, un hiver chaud et il s’effondrera. Ce système s’installe dans la tradition du néolibéralisme, qui vise à déréguler, déréguler, déréguler… et qui, par conséquent, laisse la voie libre aux multinationales dans l’exploitation du travail et de l’environnement.
Sur la forme, le projet est tout simplement ridicule, avec un volume de quotas largement supérieur aux recommandations scientifiques et tellement faible que le prix d’émission d’une tonne d’équivalent CO2 chutait en 2007 à deux centimes.

Les idéologues du libéralisme veulent répandre ce mécanisme à la société entière, c’est-à-dire non seulement à toutes les entreprises, mais aussi aux individus. On comprend immédiatement le danger de cette façon de penser, qui serait, une fois appliquée à tous, hautement inégalitaire, creuserait encore davantage les disparités entre les différentes classes socio-économiques (avec en quelque sorte un retour des indulgences pour les riches), et enclencherait une étape supplémentaire dans la surveillance et l’intrusion dans les vies privées.

Face à cette écologie libérale et culpabilisatrice, Aurélien Bernier propose une écologie sociale, dans la lignée de l’écosocialisme, qui replace les choses en ordre : les véritables causes de l’effondrement écologique sont les politiques libérales et, par conséquent, l’exploitation abusive des ressources naturelles par les multinationales. D’ailleurs, les politiques sont libérales que dans une certaine mesure : elles restreignent peu les entreprises en termes social et environnemental, mais à côté de cela, l’Etat et l’UE versent chaque année des dizaines de milliards d’euros d’aides à ces entreprises.
Il envisage donc une série de mesures qui pourraient se révéler salvatrices : utiliser ces leviers majeurs que sont les aides publiques, en instaurant un critère d’éco-conditionnalité; durcir la réglementation et les contrôles; réformer la commande publique, en permettant aux collectivités de choisir comme critère à la commande publique les émissions globales de gaz à effet de serre du produit, ce qui est aujourd’hui interdit par l’UE sous prétexte de favoriser les productions locales et donc d’entraver le libre échange…; administrer certains prix pour éviter que les entreprises adaptent leurs marges en fonction des subventions publiques; instaurer un « copyleft » sur les technologies propres; etc.

Aurélien Bernier nous offre donc un essai lucide et constructif, qui milite pour une écologie politique et sociale, à l’opposée de l’écologie culpabilisatrice à la Nicolas Hulot, critiquant de manière réfléchie et calme le néolibéralisme destructeur, et proposant des alternatives politiques concrètes et réalistes.

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