J’emmerde les perfectionnistes | Eric Beaudry

La semaine de travail de 40 heures est une forme d’esclavage du peuple, assujetti sans son consentement à l’économie monétaire capitaliste oligarchique. Pour rembourser ses dettes ou bénéficier de produits et services, l’individu devient esclave du système tout en participant à le faire fonctionner. Qui peut se permettre de se libérer de l’économie monétaire capitaliste oligarchique sans perdre accès aux biens et services offerts par la civilisation et sans se retrouver exclu de la société?

Échec du système industriel capitaliste et du système économique monétaire oligarchique déshumanisé.

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http://quebec.huffingtonpost.ca/eric-beaudry/jemmerde-les-perfectionnistes_b_5735284.html

J’emmerde les perfectionnistes

En cette fête du travail, j’ai pensé vous partager un de mes vieux secrets de l’internet. La lettre que vous allez lire est une traduction de ce qu’il y a ici. Ce message anonyme, perdu dans le cyber-espace d’avant l’ère Photoshop, est comme une bouteille à la mer venu du passé et comme le vin, le tout vieillissant de mieux en mieux, car les appréhensions de l’auteur se matérialisent de plus en plus. J’estime que la lettre fut écrite autour de 1999 durant le boom de la bulle technologique. Il est fort probable que l’auteur de cette lettre ait ironiquement perdu son emploi quelques années plus tard.

J’emmerde les perfectionnistes: une diatribe anonyme par un programmeur de Silicon Valley

Je vais vous avouer un petit secret: je suis un partisan de la semaine de travail de dix heures.

Est-ce que cela fait de moi un fainéant? Un paresseux? Un sous-performant? Peut-être. J’avais entendu dire que nos ancêtres autochtones n’avaient besoin pour se nourrir et chasser que de huit à douze heures par semaine pour se maintenir. Ajoutez quelques heures afin de construire et entretenir un abri, et je pense que dans le pire des cas, vous pouvez additionner jusqu’à vingt heures de travail par semaine.

Alors qu’est-ce qui nous est arrivé pour qu’on aboutisse avec la malédiction de la semaine de quarante heures? Personnellement, je pense que j’en ferais beaucoup plus si ma dette à la société était remplie avec seulement dix heures de travail par semaine. Je pourrais faire des choses plus significatives, j’aurais beaucoup plus de temps pour la réflexion, et ce serait pour moi la façon de cultiver un environnement dans lequel je pourrais être vraiment novateur. Je serais certainement beaucoup plus productif que je le suis maintenant.

En tant que programmeur à Silicon Valley, on pourrait facilement dire que j’ai réussi, car je n’ai pas à poinçonner une carte quand j’arrive ou je quitte le travail. Au lieu de se faire payer à l’heure, nous soi-disant employés «exonérés», sommes payés à la semaine, indépendamment du moment où nous arrivons au boulot, et de ce que nous faisons lorsque nous sommes au travail. C’est tentant, non?

Oui, bien sûr. Est-ce que quelqu’un se souvient de quelque chose sur le mouvement ouvrier? Les gens ont formé des syndicats et se sont battus pour les droits des travailleurs tels que la rémunération pour les heures supplémentaires et les jours fériés, des pauses obligatoires, etc. Maintenant, il y a toute une culture qui contourne ces droits sous le masque du titre d’employé «exonéré».

Alors, comment est-ce grave, puisque nous sommes censés faire tout cet argent, non? Tous ces millions, que les médias disent éternels, seraient dans les mains d’un geek de la génération X fainéant? Eh bien, l’argent est là, certes, mais seulement pour les personnes qui sont prêtes à vendre leur âme.

Tout commence avec le perfectionniste. Vous savez, la personne que vous voyez toujours au travail à n’importe quelle heure du jour ou de la nuit quand vous arrivez? On dit toujours que cette personne n’a pas de vie en dehors du travail. On plaisante et rit d’elle, mais personne ne semble la prendre très au sérieux. Cette personne néglige non seulement sa propre vie, mais ruine l’ensemble des choses pour tout le monde qui y travaille, ruinant du même coup la culture entière.

Vous voyez, ce genre de comportement finit par être récompensé. Lorsque le gestionnaire de cette personne voit à quel point elle est dévouée à la réussite de l’entreprise, il n’a pas vraiment d’autres choix que de reconnaître que cet employé est au-dessus de tous les autres. Les autres finissent par voir ce genre de comportement être récompensé, alors ils travaillent tous plus dur à leur tour. Et ainsi de suite.

Finalement, vous vous retrouvez dans une situation où, si vous ne travaillez pas au moins 60 heures par semaine, vous n’obtenez pas de promotion lors de la prochaine révision. Et personne ne viendra directement vous le dire et admettre que c’est la raison. Peut-être que vous travaillez toute la semaine pleine de 78 heures, mais vous avez été pris à flâner 2 heures.

J’emmerde le perfectionniste. J’emmerde doublement le perfectionniste. Si j’étais le PDG de ma propre entreprise, je serais probablement comme Michael Palin, sergent-major dans le film Monty Python: Le sens de la vie: « N’y a-t-il pas quelque chose d’autre que vous aimeriez faire plutôt que de marcher le long de la ligne !? Super, alors allez-y! »

Oser critiquer le plus travaillant? Un sujet tabou que peu oseront aborder en dehors de leur tête. Je sais que bien des gens seront scandalisés en lisant ceci et défendront toujours l’idée que les plus travaillants ont toujours raison et qu’ils sont l’exemple à suivre. Moi je pense, comme l’auteur anonyme de cette lettre, que c’est de la foutaise! Dire que les plus travaillants et les plus dévoués au succès des entreprises sont l’exemple à suivre serait comme d’affirmer que les plus grands alcooliques sont les meilleurs invités pour faire un party.

Un autre tabou que ce texte vise est la compétition. Notre individualisme, notre nombrilisme en considérant uniquement notre paye, notre pouvoir d’achat et nos conditions de travail sont la base fondamentale de tout ce cirque. Je crois que j’avais 10 ans quand j’ai commencé à soupçonner que quelque chose clochait avec l’idée que chacun de nous espère gagner le plus d’argent possible à l’entreprise où nous travaillons et qu’ensuite, hors de cette entreprise, notre but premier est simplement de payer le moins cher possible ce que nous achetons du travail des autres, en n’ayant aucune considération des conditions de travail de ceux-ci. Comme si par magie, tout ce jeu qui nivelle par le bas n’allait jamais finir par nous affecter. La finalité de ce système serait que tous gagnent le strict minimum d’argent, en travaillant au maximum, pour en retour payer ses biens de consommation le strict minimum aussi. Ai-je besoin de faire un dessin pour démontrer à qui tout cela profite le plus?

Bon allez, c’est jour de jour de fête, je termine avec une anecdote en lien avec les perfectionnistes qui pourrissent la vie des autres à tout jamais. J’ai travaillé pour une entreprise assez wise il y a plusieurs années. Il ne payait pas leurs employés à l’heure, ni à la semaine, mais à la pièce. Le but étant de récompenser les meilleurs et les plus habiles aux différents postes. À l’entrevue, on te vend l’idée que tu peux gagner le salaire minimum ou 20$ de l’heure, il n’en tient qu’à toi et à tes méthodes de travail. Après quelques jours, j’étais, disons plutôt moyen, récoltant environ 10$ de l’heure beau temps mauvais temps. Finalement, j’ai trouvé une machine qui semblait m’aimer et rapidement, après quelques heures, je gagnais autour 16$ de l’heure. Le lendemain, j’ai travaillé à environ 24$ de l’heure tellement j’avais éliminé toute perte de temps à ce poste. J’ai brisé des records. Le surlendemain, ils m’ont demandé de le refaire 5 minutes, mais en me filmant. Ce fut ma dernière journée à cet endroit et ce fut également la dernière journée où travailler à un tel rythme donnait 24$ de l’heure. Ils ont réajusté le salaire de ce poste à la baisse pour qu’il soit impossible d’atteindre ce sommet encore.

J’ai plus tard appris qu’ils ne filmaient pas les employés pour compter le rythme à la minute. Ils pouvaient le faire en regardant la paye tout simplement. C’était pour pouvoir montrer la vidéo en preuve à tous ceux qui allaient venir se plaindre ultérieurement que le nouveau salaire de ce poste n’est pas assez élevé. Je me sens sale juste à l’idée de penser que je suis peut-être encore l’acteur d’un de ces films…


Suivre Eric Beaudry sur Twitter: www.twitter.com/Papyrus999

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